Éducation et sociologie

couverture

Auteur : Émile Durkheim

Asin B078N8G3HP

Présentation : Que bon nombre de pédagogues illustres aient cédé à l’esprit de système, assigné à l’éducation un but inaccessible ou arbitrairement choisi, proposé des procédés artificiels, non seulement Durkheim ne le nie pas, mais il met mieux en garde que quiconque contre leur exemple. La sociologie combat ici l’ennemi qu’elle a l’habitude de trouver en face d’elle : dans tous les domaines, en morale, en politique, même en économie politique, l’étude scientifique des institutions a été précédée par une philosophie essentiellement artificialiste, qui prétendait formuler des recettes pour assurer aux individus ou aux peuples le maximum de bonheur, sans connaître d’abord suffisamment leurs conditions d’existence.
Rien n’est plus contraire aux habitudes intellectuelles du sociologue que de dire d’emblée : voici comme il faut élever l’enfant, en faisant table rase de l »éducation qu’on lui donne réellement. Cadres scolaires, programmes d’enseignement, méthodes, traditions, habitudes, tendances, idées, idéaux des maîtres, ce sont là des faits, dont elle cherche à découvrir pourquoi ils sont ce qu’ils sont, bien loin de prétendre d’abord les changer. Si l’éducation française est largement traditionnelle, peu disposée à se couler dans les formes techniques de méthodes concertées ; si elle fait largement crédit aux facultés d’intuition, de tact, d’initiative des maîtres ; si elle est respectueuse de l’évolution libre de l’enfant ; si même elle résulte, pour la majeure partie, non de l’action systématique des maîtres, mais de l’action diffuse et non volontaire du milieu, c’est là un fait, qui a ses causes, et qui répond, en gros, aux conditions d’existence de la société française. Là pédagogie, inspirée par la sociologie, ne risque donc pas de se faire l’apologiste d’un système aventureux, ou de conseiller une mécanisation de l’enfant, qui contrarierait son développement spontané. Ainsi, tombent les objections de penseurs éminents, qui s’obstinent à opposer Éducation et Pédagogie, comme si réfléchir sur l’action qu’on exerce, c’était nécessairement se condamner à fausser cette action.
Extrait (introduction de Paul Fauconnet)