Le serpent jaune

 Auteur: Edgar Wallace
Il n’existait pas à Siangtan de maison identique à celle de Joe Bray. À cet égard, Joe était même unique en Chine, où tant d’originaux en dérive ont abordé depuis l’époque de Marco Polo.
La maison était de pierre et elle avait été conçue par un certain Pinto Huello, ivrogne, Portugais et architecte, qui avait quitté le Portugal dans des circonstances dégradantes et échoué, via Canton et Wuchan, dans cette ville immense et débraillée.
L’opinion admise était que Pinto avait dessiné ses plans après une nuit de délire dans un paradis de fumée et les avait corrigés dans une crise de remords. La transformation s’était opérée quand l’édifice était à moitié construit, si bien que la partie Nord, pareille à la Tour de porcelaine, représentait Pinto dans ses transports, et tout ce qui rappelait une pente au bord de l’eau marquait assez bien la période de réaction de l’excentrique Portugais.
Joe était grand et pourvu de multiples mentons, un colosse épris de la Chine, du gin et des longs rêves qu’il faisait éveillé. Il rêvait de choses merveilleuses et la plupart du temps irréalisables. C’était sa joie et ses délices de sentir que, de ce coin perdu du monde, il pouvait agir sur des leviers et aiguiller la destinée humaine vers de profonds changements.
Tel un Haroun al-Rachid en état de somnambulisme, il se promenait, déguisé, parmi les pauvres, prêt à répandre de l’or sur ceux qui le méritaient….

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