La vie de Stendhal

Spinoza et ses contemporainsAuteur: Paul Hazard
« Tout dépend de la façon. de prendre le départ, comme vous savez.
Lorsqu’Henri Beyle naquit, le 23 janvier 1783, à Grenoble ; dès qu’il cessa d’être un gros poupon chauve, grimaçant et bavant, pour bégayer ses premiers mots ; quand il perça sa première dent, mit sa première culotte, fit sa première sortie, s’instruisit pour sa première communion : toutes prêtes, vigilantes, impérieuses, l’attendaient les Puissances Régnantes et les Autorités Établies, promptes à le saisir et à le modeler, chacune à sa façon. Il y avait la vieille ville provinciale : tu marcheras droit dans les rues, car au coin de chaque fenêtre, un rideau se lève au bruit de tes pas ; tu seras sage, prudent, convenable, bien élevé ; si tu jettes un caillou, si tu voles une pomme, grand Dieu ! qu’en dira-t-on ? … — Il y avait la famille. « La Providence nous protège », disait son père, Chérubin Beyle, l’avocat au Parlement. e Elle nous envoie un garçon : qu’elle soit bénie ! » Et songeant à l’avenir, il regardait avec amour son premier né. Le petit Henri deviendrait avocat ; il finasserait avec les paysans pour gagner, volupté de la vie, dix écus sur une vente ; considéré dans sa paroisse, bien pensant, bien renté, bien marié, il serait la vivante réplique du plus intelligent et du meilleur des hommes, Chérubin. La tante Séraphie approuvait ; sauf qu’étant vieille fille, et tournant à l’aigre, elle penchait davantage pour la sévérité et pour la dévotion. »
Extrait du premier chapitre.

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